Les Techniques Culturales Simplifiées (TCS)

Principe
 


C'est un ensemble de techniques culturales qui recouvrent un grand nombre de pratiques agricoles et mettent en oeuvre des outils très divers. Le dénominateur commun est la suppression du labour.

Le travail superficiel du sol se caractérise par une profondeur de travail de 5 à 10 cm. Les résidus de culture sont mélangés à une faible quantité de terre ce qui nécessite de prendre un certain nombre de précautions.

  Objectif
 
Le labour dans certaines cultures ou sur toute la rotation est le plus souvent remplacé par un travail du sol superficiel.

Le but est de limiter les interventions mécaniques afin d'en minimiser les coûts et d'économiser du temps. L’implantation des cultures est ainsi accélérée.

D'autre part, ces techniques développe un sol plus homogène, avec une matière organique concentrée en surface sur 5 à 10 cm.
En effet, les TCS permettent ainsi d'augmenter l'activité biologique de surface, de diminuer le lessivage d'azote, de freiner l'érosion et de diminuer la consommation de fuel. 
  Point technique
 

Les TCS ne sont pas généralisables à tout type de sol, ni à tout type de culture.

Certaines cultures comme les pommes de terre, ne sont à l’évidence pas adaptées aux techniques simplifiées.

Les autres grandes cultures : céréales d’hiver, de printemps, maïs, tournesol, pois de printemps et colza peuvent être implantées avec des techniques simplifiées sans grandes difficultés si les conditions agronomiques s'y prètent..


Les différentes formes de travail du sol simplifié

La simplification du travail du sol n'est pas simplement une nouvelle technique mais un nouveau système de production.

La simplification partielle : implantation de certaines cultures de la rotation sans labour.

Exemple : implantation des céréales à paille en automne après du pois ou du colza avec un simple déchaumage et un semis réalisé avec du matériel classique.

La simplification totale en continu : abandon total du labour, utilisation du semis direct.

10 points fondamentaux pour réussir la simplification du travail du sol

Introduire progressivement ces techniques sur l’exploitation

Les TCS ne doivent être mises en œuvre que dans des sols ayant une bonne activité structurale (plus de 15% d’argile) et se ressuyant bien, non tassés ou/et hydromorphes.

Eviter de retourner le sol afin de ne plus perturber l'activité biologique et de ne pas "diluer" la matière organique. Ainsi on favorise le développement de l'activité biologique (vers de terre...) permettant d'entretenir une bonne porosité. On créait aussi une couche protectrice riche en résidus organiques et humus, le mulch.

Créer, entretenir et préserver une bonne structure du sol en profondeur. Il s'agit de trouver un équilibre entre les éléments structurants : le travail du sol, l'activité biologique, le climat, les racines des plantes et les éléments déstructurants : trafic sur la parcelle, le travail du sol et l'humidité.

Utiliser la technique du déchaumage/faux semis, puisque la suppression du retournement du sol entraîne une concentration des graines de repousses et de semences d'adventices en surface.
Le déchaumage en TCS doit se résumer à un travail du sol très superficiel (2 à 5 cm).

Utiliser les périodes d'interculture pour implanter des couverts végétaux ou des cultures intermédiaires.

Réaliser un semis de qualité avec des outils appropriés.

Surveiller les parasites car dans certains cas, les TCS favorisent les ravageurs comme les limaces ou les mulots à cause des résidus de cultures. La gestion des ces parasites passent par une approche globale :

  -un travail du sol superficiel en été pour perturber leur activité et en détruire une partie.

-une destruction des repousses de cultures qui peuvent fournir une abondante source d'alimentation.

-un traitement dès l'apparition d'individus.
Concevoir une rotation cohérente;, il faut alterner des cultures différentes en faisant se succéder des cultures d'été et des cultures d'hiver.

Ajuster la densité de semis :

 

--réaliser un travail superficiel pour faciliter l’évolution du semoir et obtenir une profondeur de semis la plus régulière possible

- augmenter légèrement les doses de semis (taux de perte entre 10 et 20%) afin de respecter l’objectif du nombre de plantes levées souhaité.

- avoir un réglage adapté du semoir.

 

Les différentes possibilités de travail du sol simplifié en Grandes Cultures  

Type de travail du sol

Profondeur de travail

Résidus de culture

Type d’outils

Profond

Avec retournement et mélange

20-30 cm

enfouis

Charrue

Sans retournement

15-25 cm

partiellement enfouis

outil type chisel

Superficiel

Sans décompactage

5-10 cm

en surface

outils classiques

Avec décompactage

15-25 cm

en surface

comme précédemment + outils de décompactage

Non travail

Travail uniquement sur la ligne de semis

0

En surface

outils de semis direct

(source :Viaux, 1999)


De façon plus détaillées, les points importants en Techniques Culturales Simplifiées sont les suivants:

Assurer de bonnes conditions de récolte et de déchaumage :

  -Eviter de tasser le sol, soit au semis, soit à la récolte et de faire des ornières. Pour cela il convient  de :
    -travailler le sol et récolter dans la mesure du possible en conditions sèches.

-utiliser des pneus basse pression (en particulier pour le matériel de récolte).

-fair,e si besoin, un décompactage.
 
- La présence d'un broyeur et d'un disperseur de paille sur les moissonneuses batteuses est indispensable. Cela permet d'éviter la formation d'un andain derrière la moissonneuse et d'éparpiller les graines à l'orrigine des repousses de céréales ou de colza. celles-ci joueront alors un rôle de piège à nitrates.

-Par ailleurs le déchaumage est une opération souvent indispensable qui a pour but :

  -de favoriser les repousses de la culture précédente,

-de faire lever certaines mauvaises herbes annuelles (en particulier les bromes),

-de détruire un certain nombre de ravageurs : les limaces, les taupins,

-d’accélérer la décomposition des pailles et autres résidus de culture.

       

Gérer la lutte contre les adventices :

  - Etre très attentif durant les premières années aux risques d’infestation qui augmente avec les TCS.

-Ne pas compter uniquement sur les herbicides pour maîtriser l’enherbement.

-Gérer l’interculture pour limiter les risques de développement des adventices. Réaliser pour cela des faux semis (déchaumage et roulage). Ceci impose d’avoir des rotations avec des inter cultures suffisamment longues, pour que cette stratégie soit efficace.

-Avoir des rotations suffisamment diversifiées.

-Désherber chimiquement les vivaces durant l’interculture.

-Réaliser le désherbage des plantes annuelles soit par des procédés mécaniques seules, soit par des méthodes chimiques en alternances avec des méthodes mécaniques.


Gérer la fertilisation N, P, K

  Bien que ceci reste à confirmer pour les conditions françaises, les TCS devraient permettre de réduire globalement les doses de P et K.

Il n’y a pas lieu de modifier les doses totales d’engrais azotés apportées en TCS. Tout au plus , il faut noter que la minéralisation redémarre plus lentement au printemps avec les TCS et par conséquent il faut bien respecter les périodes d’apport en fonction des stades de développement des cultures, en particulier au printemps.

Optimiser l’utilisation des pesticides :
  -Eviter tout produit phytosanitaire ayant un impact négatif sur la microfaune ou la microflore utile, car les systèmes sans labour ne peuvent compter que sur la microfaune pour créer un sol favorable à l'implantation des cultures.


-Diversifier les substances actives.

-Gérer l'apport de pesticides non pas à la culture mais sur l’ensemble de la rotation.

Principales adventices favorisée par les techniques simplifiées

Graminées annuelles

Ray-grass, vulpin, brome, pâturin, sétaire, panic

Dicotylédones annuelles

Gaillet gratteron, géranium, séneçon, laiteron, alchémille, capselle,

Vivaces

Chiendent, liseron, chardons, rumex, prêle, sorgho d’alep

 

Réussir le semis:

La réussite du semis passe bien entendu par une intervention en condition favorable, mais également par l'utilisation d'un outil adapté aux conditions agronomiques (type de précédent et résidus de culture, type de sol, charge en cailloux, état de surface , type de culture à implanter).

Ces semoirs peuvent être à distribution classique (céréales, colza, graines fourragères) ou monograines (maïs, soja, sorgho, tournesol).


Une TCS "extrèmes ", le semis direct


C'est la forme extrême de réduction du travail du sol. Dans ce cas, le semis se fait avec un semoir spécifique
utilisé sur un sol non travaillé et les adventices sont contrôlées soit par implantation d'une interculture soit par pulvérisation d'herbicides.

Définition :

C'est un ensemble de techniques culturales travaillant uniquement la ligne de semis à faible profondeur. Ce type de travail nécessite des matériels spécifiques permettant le travail dans les résidus végétaux et la pénétration du sol.




-Principe du semis direct -

Les paramètres incontournables à maîtriser :

 
-L'abondance des résidus végétaux surtout après maïs grain gène le passage du semoir et peut altérer la précision de semis .

- La portance du sol, plus contraignante que dans un itinéraire classique (nécessite un poids et une force de tranction importants).

- Création de la terre fine dans l'environnement de la graine pour favoriser la germination.

- Fermeture du sillon de semis avec peu de terre fine.

 
Le semis :
 
-Un double disque (trancheur, ou ondulé) ouvre un petit sillon dans lequel la ou les graines viennent se déposer. La profondeur de ce sillon est définie par le type de culture semé, l'humidité et la température du sol, le type de sol et la météorologie.

il n'y a aucun travail profond, des disques ouvrent simplement le sol pour assurer l'implantation de la graine.

-La fermeture du sillon, des équipements spéciaux doivent assurer cette fonction pour ne pas laisser le champ libre aux prédateurs (limaces,…).

       

Le matériel


Avant tout investissement sur des matériels spécifiques aux TCS et souvent très coûteux (cultivateurs rotatifs à axe horizontal et semoir intégré), il faut se demander d'abord si le matériel traditionnel disponible sur l'exploitation n'est pas suffisant.
 
le matériel traditionnel :

Il est souvent possible de faire du semis sans labour avec du matériel classique : un cover-crop et une herse rotative + un semoir classique équipé de disques pour éviter le bourrage avec les résidus de récolte.

les semoirs adaptés au semis direct :

Les semoirs actuels permettent soit de semer directement, sans aucun travail du sol, soit sur un sol partiellement ameubli en surface.

Les cultivateurs rotatifs à axe horizontal et semoir intégré :

Le semis est réalisé dans un flux de terre entraîné par les lames du rotor. Mais ils ont un coût élevé, non seulement à l'achat mais aussi à l'utilisation car ils nécessitent 40 à 50 CV supplémentaires pour fonctionner.

   
  Points forts de la technique
 

Lutte contre les ravageurs et les maladies  Les TCS ont des effets variables sur les maladies
En culture céréalière :

- Favorisent certaines maladies (fusariose et rhizoctone),

- Diminuent certaines maladies (jaunisse nanisante, pietin verse),

- N’ont aucun effet sur certaines maladies (piétin échaudage)

Lutte contre les adventices Modifie la flore adventice par rapport à celle des sols labourés

-Diminue les espèces à semences très persistantes comme les renouées, coquelicots, mouron, chénopodes…

Agronomie

Augmente la teneur en matière organique en surface (effets positifs sur la battance de surface et la portance du sol au bout de 3 à 4 ans)

Diminue les charges de mécanisation

Accélère l’implantation des cultures, gain de temps

Augmente l’activité biologique de la surface (aussi bien la faune utile que les ravageurs)

Limite les fuites de nitrates pendant l’hiver, par la réduction de la minéralisation d’automne

Limitation de l'érosion diffuse ou par petites rigoles
Environnement

 Evite la destruction des lombrics et favorise le développement des diptères.

Augmente l'infiltration et la vitesse de dégradation des produits phytosanitaires.

Economie

Gain de temps (jusqu'à 50%)

Réduit les consommations de fuel (économie d’énergie)



  Limites envisageables
 

   Problème posé par les résidus de récolte et en particulier les pailles de céréales (l’efficacité des herbicides à action racinaire s’en trouve alors diminuée).

   Développement de certaines populations de mauvaises herbes spécifiques : les vivaces qui ont tendance à se multiplier, surtout avec les appareils animés à lames coupantes.

   Augmentation possible de la pression phytosanitaire pour traiter les adventices spécifiques (vivaces...).
Risque d’augmentation des populations de limaces au moment de l'implantation.
Coût élevé du matériel spécifique


  Combien ça coûte ?
    
   EVALUATION DES COÛTS


Type de coûts
Détails
Coût pratique avec labour
Labour :                 2 h à 40€/h  soit 80 €/ha

Vibroculteur :            2 h à 33€/h soit 66 €/ha

Semis :                       1 h à 40€/h soit 40 €/ha

Roulage :                1 ½ h à 45 €/h soit 72 €/ha

soit un total d'environ 260 €/ha

Coût du semis direct sans labour
Semis direct (tracteur + équipement)
1 ½ h à 48€/h  soit   73 €/ha

Désherbage supplémentaire     
 ( tracteur + pulvérisateur)
½ h à 36€/h =      18€/ha

désherbant : 65 €/ha

Anti-limace (tracteur + épandeur)
¾ h à 18/h  soit   28 €/ ha

produit antilimace :       35 €/ha

Perte de rendement : 5 Quintaux/ha

       5 x 80 F/Quintal         61 €/ha

soit un total de 280 €/ha

Ordre de grandeur du surcoût de la technique sans labour
20 € / ha
  
   AIDES FINANCIERES



Dans le cadre des CTE/CAD :


Actions
Eléments du cahier des charges
Montant de l'aide

Travail du sol simplifié : semis direct

 déclaration de surfaces en année n, voire n-1


30,5 €/ha/an

20% marge Natura 2000

 Champ d'application : grandes cultures
  Pour en savoir plus


Fiche Le faux semis

Fiche Les couverts végétaux/ CIPAN

Fiche Le désherbage mécanique



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